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Réponses aux objections

Dimanche 09 Septembre 2007.

Sur les glyphes

20 juin 2007

1° Tout le monde sait que, chez Descartes, la pensée et ses modes, tels que l'entendement ou la volonté, n'appartiennent qu'à la substance pensante, et que l'étendue et ses modes, tels que la figure et le mouvement, n'appartiennent qu'à la substance étendue. Voir, par exemple, le deuxième paragraphe de la Quatrième Partie du Discours de la Méthode, ou l'article 8 de la Première Partie des Principes. Il n'empêche que :

a) La substance étendue n'est pas, chez Descartes, une substance individuelle ; il en résulte que l'individualité ne peut résulter que de ce que le Corps propre, qui est un mode de la substance étendue, est lié à l'Ame, qui est une substance pensante individuelle. Il en résulte cette conséquence fâcheuse que, non seulement, les êtres non humains ne sont pas, aux yeux de Descartes, des substances, mais encore ne sont pas des individus ;

b) Cette liaison de l'Ame et du Corps n'empêche pas qu'il s'agit de deux substances réellement distinctes (Principes, I, 60) ; notons, toutefois, que ce qui est substance, dans le deuxième cas, ce n'est pas le Corps propre, mais la substance étendue dont il est un mode ;

c) Cependant, cette distinction réelle de la substance pensante et de la substance étendue ne les empêche pas d'agir l'une sur l'autre, et réciproquement : la distinction réelle n'empêche pas l'action réelle (Traité des Passions de l'Ame, passim, et, notamment, article 34 ; cf. la douzième Règle des Regulae) ;

d) Il en résulte une nouvelle conséquence fâcheuse pour la définition de l'être humain, dont l'unité devient très mystérieuse, puisqu'un être humain singulier se définit, pour Descartes, comme (1) une substance pensante individuelle + (2) un mode de la substance étendue, la liaison des deux devant être pensée comme étant, à la fois, une distinction réelle et une action réelle réciproque.

Cette ontologie peut choquer ; elle est surtout caractéristique des apories auxquelles conduit un dualisme du sujet et de l'objet, qui, n'en déplaise à d'aucuns, demeure caractéristique de la pensée bourgeoise et petite-bourgeoise, l'Ame étant ici identifiée au sujet et la substance étendue à l'objet.

2° Nous pensons que les vivants non humains écrivent, sans, toutefois, parvenir à se relire : il est peu vraisemblable de supposer que les traces des perceptions ne soient pas conservées dans des systèmes psychiques, sous la forme d'inscriptions ou de glyphes ; il importe peu, à cet égard, qu'on se représente ces systèmes de traces sous une forme matérielle (c'est le cas de l'appareil neuronal dans l'Entwurf freudienne) ou sous une forme psychique (c'est le cas dans la Traumdeutung). La capacité de se relire, c'est-à-dire de retrouver les traces des expériences passées, est liée à la faculté de leur reproduction vocale, donc, à la présence d'une glotte, qui est un accident purement anatomique. La reproduction des traces vocales a la valeur d'une réactivation hallucinatoire, c'est-à-dire d'une mémoire devenue consciente dès lors que la réactivation hallucinatoire renouvelle la perception originelle. Il faut noter, toutefois, que cette réactivation est seulement hallucinatoire et que la mémoire consciente, et, par conséquent, le langage, ont un simple statut d'hallucination : le vécu humain conscient, de même que le langage qui l'exprime, sont de pures et simples hallucinations  et l'être humain est un être qui vit une existence seconde, hallucinée, qui se substitue à celle qu'il continue, néanmoins, de vivre inconsciemment et dont la psychose représente l'irruption dans le quotidien halluciné (d'où les possibilités révolutionnaires des psychotiques, qui ne sont précisément pas hallucinatoires, mais consistent, au contraire, à interrompre l'hallucination quotidienne). Surtout, la mémoire consciente est nécessairement toujours seconde par rapport à une mémoire inconsciente dont elle n'est qu'une réactivation très locale ; il est vraisemblable que mémoire inconsciente et mémoire consciente correspondent à des systèmes d'inscriptions distincts, comme le suggère Freud dans la lettre à Fliess du 6 décembre 1896 (n° 112 de la nouvelle édition allemande, celle de Masson, de 1985). Dans tous les cas, on peut partir de l'idée que « mémoire et conscience s'excluent » (lettre citée, p. 218 de l'édition citée) : toute perception est consciente ; toute mémoire est inconsciente (cf. la Notice sur le bloc magique et beaucoup d'autres textes, la liste est dans l'un de nos blogs). Tel nous paraît être le sens des lignes qui ouvrent la Seconde Intempestive.

3° Lorsque nous avons parlé de mécanisme à propos de Descartes, c'est effectivement de sa physique que nous l'entendons, donc, de la substance étendue, mais, précisément, Descartes nous réduit, les oyseaulx, à n'etre que de la substance étendue, cf., derechef, la Règle XII. Descartes est mécaniste lorsqu'il dit que, quand une brebis « imagine » un loup et prend la fuite, il s'agit, là, d'un procès qui est, de part en part, corporel (puisque cette imagination ne consiste qu'en traces matérielles véhiculées par les esprits animaux ; ces esprits sont des fluides corporels que Descartes se représentait comme circulant dans des nerfs dans lesquels il voyait des tuyaux creux ; même conception chez tous les mécanistes de la génération suivante : Boyle, Borelli... ; quant à Gassendi, il est éclectique et, entre nous, s'il est aussi sérieux comme médecin que comme astronome... ; La Mettrie (un siècle plus tard !) n'est pas seulement mécaniste, mais, en plus, matérialiste ; c'est un « Cartésien » qui supprime la substance pensante et ne retient que la substance étendue ; il n'est donc pas seulement mécaniste, comme l'est aussi Descartes, mais matérialiste mécaniste, position qui peut s'opposer, par exemple, à un matérialisme vitaliste, ou, du moins, non mécaniste, comme celui de la Lettre sur les Aveugles ou du Rêve de d'Alembert).

4° Contrairement à ce qui est suggéré, Mlle Montrelay n'est pas une traductrice de Rilke, mais une psychanalyste d'inspiration lacanienne auteur d'un article sur la Huitième Elégie qui fit beaucoup de bruit, quoique paru dans une revue confidentielle.

oyseaulx | 02 h 08 | Rubrique : Réponses aux objections | Lu 592 fois

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