Je ne fais évidemment aucune difficulté sur ce que Nietzsche peut avoir écrit dans les années 1880 sur sa mère, sa sœur, son beau-frère ou son éditeur et qui est parfaitement établi. Mais il demeure que le « texte » que je citais soulève plusieurs questions philologiques :
1° Les feuillets arrachés numérotés 129 sq. du manuscrit sont-ils conservés ou perdus ? S'ils sont conservés, pourquoi la KSA ne publie-t-elle pas la fin de la phrase citée dans le texte même, au lieu de la publier seulement dans l'apparat critique ?
2° S'ils sont perdus (comme on peut le supposer, mais ce n'est dit nulle part et ce silence suscite ma curiosité), doit-on comprendre que la fin de la phrase telle qu'elle est reproduite dans l'apparat critique ne l'est que d'après l'édition imprimée de 1927 ? Seulement, dans ce cas, on doit faire observer que l'expression « presse juive » ne figure précisément pas dans cet imprimé qui sert ici de Vorlage et qui parle simplement d'une « presse actuelle ». La question devient alors : d'où sort l'expression « presse juive » ? S'agit-il d'une simple conjecture qui n'a d'autre fondement que la lettre de Cosima ? Cela semble peu vraisemblable, car ce serait trop mince pour justifier cette conjecture. Les feuillets arrachés auraient-ils donc été quand même conservés ? Et dans ce cas, que ne nous-le-précise-t-on ? Serait-ce qu'on tient pour assuré que c'est l'auteur lui-même qui les a arrachés ? Mais dans ce cas, sur quoi se fonde l'édition de 1927 ? Les feuillets auraient-ils donc été arrachés par Nietzsche, tout en ayant été conservés ? Cela aussi paraît invraisemblable, quand on sait comment Mme Förster traitait les documents qui la dérangeaient.