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Réponses aux objections

Dimanche 09 Septembre 2007.

Charonne, 8 février 1962

Incidents sanglants ou massacre d'Etat ?

Nous reproduisons, ci-dessous, un article consacré aux incidents sanglants du Métro Charonne, le 8 février 1962, qui valut à l'auteur de se voir traité de « Rédacteur de la Pravda » par un administrateur de la Wikipedia française et accusé, en outre, de plagiat (sur ce point, l'on se reportera à l'article suivant). La contribution fut censurée à trois reprises et ne dut d'être acceptée, avec des réserves sur lesquelles nous reviendrons, qu'à l'intervention du proche d'un témoin oculaire. Dans la mesure du possible, nous avons omis tous les passages non autographes. Pour les mêmes raisons, nous avons supprimé, ici, la fin de la contribution qui est toujours soumise à litige.

L'un des cortèges, dont la tête se trouvait à la hauteur du 200, boulevard Voltaire, à deux cents mètres au-delà du carrefour Voltaire-Charonne, se dirigeant vers Nation, est chargé par une unité des compagnies spéciales d'intervention de la Préfecture de police au moment où le mot d'ordre de dispersion venait d'être donné et où le cortège commençait à se disperser : « Lorsque les policiers ont chargé, le premier rang des manifestants avait fait demi-tour et regardait en direction de la place Voltaire, car il voulait signifier que la manifestation était terminée et qu'il fallait se disloquer. Ils n'ont donc pu voir arriver les policiers et je les ai vus tomber aussitôt. » (Procès verbal d'audition du témoin Chagnon devant la police judiciaire, 14 mars 1962, cité dans Dewerpe, p. 712). Cette unité est la 31e division, commandée par le commissaire Yser, à qui l'ordre de charger venait d'être donné par la Préfecture (« Dispersez énergiquement », cité dans Dewerpe, p. 120). Il était 19 h 37 (appel du commissaire Yser consigné sur la feuille de trafic radio de l'état-major de la Préfecture : « action », cité dans Dewerpe, p. 121). Au même moment, le commissaire Dauvergne, commandant la 61e division, reçoit l'ordre de bloquer le boulevard Voltaire en direction de la place Léon-Blum, de façon à prendre les manifestants en tenaille. Il n'y donc pas d'autres issues possibles pour les manifestants que les petites rues latérales, les portes-cochères des immeubles, où certains parviennent à se réfugier, parfois poursuivis jusqu'au sixième étage par les policiers, ou les bouches du métro Charonne. Une partie des manifestants essaie de se réfugier dans l'une de ces bouches de métro, dont les grilles, selon la version officielle du ministère de l'intérieur, avaient été fermées. En réalité, il est aujourd'hui établi qu'au moment de la charge policière, les grilles de la station de métro étaient ouvertes, que les policiers ont poursuivi les manifestants à l'intérieur des couloirs et sur les quais de la station, comme prouve le fait que, dans certains cas, les corps aient été évacués par le métro et aient pu être retrouvés dans les stations voisines Rue des Boulets et Voltaire, ce qui explique l'incertitude initiale sur les causes des décès, qui n'ont été établies qu'à l'autopsie. Dans la bouche du métro, la bousculade provoque la chute de plusieurs personnes sur lesquelles les suivants s'entassent, matraqués par les policiers qui projettent sur eux des grilles d'arbres, ainsi que des grilles d'aération du métro descelleés à cet effet : « Il convient de faire état ici du fait rapporté par certains témoins entendus à l'enquête qui ont indiqué avoir assisté à des actes de violence commis par quelques membres des forces de l'ordre et qui apparaissent hautement répréhensibles. Il s'agit notamment du jet d'éléments de grilles de fer, qui normalement sont fixées au pourtour des arbres de l'avenue, et de grilles d'aération du métro, qui régulièrement se trouvent au niveau des trottoirs de la chaussée. Ces pièces métalliques sont très pesantes (40 kg pour les premières, 26 kg pour les secondes). Certains témoins ont déclaré avoir vu des agents lancer des grilles sur les manifestants à l'intérieur de la bouche de métro. Ce fait paraît établi, et il est constant que trois de ces grilles au moins ont été retrouvées après la manifestation au bas des escaliers de la bouche de métro et récupérées là par des employés de la station. » (Ces lignes sont empruntées à la note de synthèse de l'enquête préliminaire de l'information criminelle, rédigée par le procureur de la République, datée du 27 juin 1962 et adressée au procureur général, citée dans Dewerpe, p. 492 et 823, note 87). Ainsi, ce sont bien des « grilles » qui sont à l'origine de certains décès, mais c'est par une singulière métonymie qu'on a cru voir dans ces grilles celles de la station de métro. En réalité, la station de métro n'a été fermée qu'à 20 h 15, en raison de la persistance des gaz lacrimogènes consécutive à l'intervention de la police dans la station. Dans l'immédiat, on dénombre huit victimes ; certaines sont mortes étouffées ; dans d'autres cas, le décès semble dû à des fractures du crâne sous l'effet de coups de matraque ; telle sera encore la cause d'un neuvième décès, intervenu, plusieurs mois plus tard, à l'hôpital, des suites de ces blessures. Toutes les victimes étaient syndiquées à la CGT et, à une exception près, membres du Parti communiste : (...)

Suite à cette répression meurtrière, le ministre de l'intérieur de l'époque, Roger Frey accusa « des groupes organisés de véritables émeutiers, armés de manche de pioche, de boulons, de morceaux de grille, de pavés [d'avoir] attaqué le service d'ordre »2. Par la suite, l'UNR accusa des éléments de l'OAS de s'être déguisés en policiers pour charger les manifestants. Le livre d'Alain Dewerpe semble établir que l'idée d'une participation de l'OAS est une affabulation formulée par le gouvernement dans le but de se disculper et repose sur un faux fabriqué par lui, qui a été reconnu comme tel devant la cour de sûreté de l'Etat, cf. p. 326-334, p. 497, p. 508-509, p. 530 (voir sous le nom Curutchet à l'index des noms propres pour avoir toutes les références ; nous ne donnons ici que les principales) ; le même auteur produit des documents qui laissent penser que l'ordre d'attaquer cette manifestation absolument pacifique a été donné par le chef de l'Etat en conseil des ministres (cf. p. 645-646). Enfin, en 1966, une loi d'amnistie fut votée, celle-ci couvrant la manifestation de 1961 et celle de 1962.

Cependant, la répression soulève une vive émotion : le 13 février, toute activité est interrompue en région parisienne et plusieurs centaines de milliers de personnes (certaines sources citent jusqu'à un million), dans une grande et imposante manifestation de la République au cimetière du Père-Lachaise, rendent hommage aux victimes et assistent à leurs obsèques.

oyseaulx | 01 h 15 | Rubrique : Réponses aux objections | Lu 661 fois

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